
Entre espoir patrimonial et inquiétude environnementale, un été contrasté au Château de Villeneuve-la-Comtesse :
D'un côté, le programme de restauration des remparts, financé à hauteur de 650 000 € et porté depuis plus de trois ans par l'association du château, franchit une étape décisive avec le dépôt du permis de construire. De l'autre, son président, Michel Soulard, s'alarme d'un projet de plateforme industrielle de stockage de bois à moins de 250 mètres de la forteresse médiévale — une implantation qu'il juge incompatible avec la protection du monument et la sécurité du site.
Un investissement patrimonial majeur : le permis de construire déposé
Sélectionné en 2022 par la Mission Bern — Loto du Patrimoine, le château de Villeneuve-la-Comtesse est engagé dans un programme de restauration de ses remparts d'un montant de 650 000 €, financé conjointement par la Mission Bern, la DRAC Nouvelle-Aquitaine, le Département de la Charente-Maritime, la Fondation du Patrimoine, le public et les propriétaires eux-mêmes. Après trois ans et demi d'études et de démarches administratives, le projet entre désormais dans une phase concrète : le permis de construire a été déposé le 1er juillet 2026.
Les études techniques ont été finalisées par Madame Gramaglia, architecte des Monuments Historiques, en charge de définir les modalités précises de l'intervention sur cet édifice fortifié du XVe siècle. En raison des retards accumulés au fil du dossier et de l'inflation des coûts de construction, le périmètre initial de la restauration a dû être revu à la baisse. Cette adaptation a toutefois été validée par l'ensemble des partenaires financiers du projet — la Fondation du patrimoine, la Mission Bern et la DRAC Nouvelle-Aquitaine — sans que le budget global de 650 000 € ne soit réduit pour autant.
Une demande de subvention complémentaire a également été déposée auprès du Département de la Charente-Maritime, appelé à rejoindre les soutiens déjà mobilisés.
Les conventions de restauration liant l'association aux différents partenaires ont, elles, été prolongées jusqu'à fin 2029, offrant davantage de marge pour mener le chantier à son terme. L'instruction du permis de construire, d'une durée estimée à environ six mois, devrait permettre un démarrage des travaux au début de l'année 2027. Le chantier sera réparti en deux ou trois phases, dont le calendrier précis reste à arrêter avec les artisans retenus.
Porté par l'association du château en lien avec Patrimoine-Environnement et la Fédération du patrimoine, ce projet vise à sauvegarder l'un des rares exemples d'architecture militaire médiévale d'inspiration écossaise en France — un édifice bâti au début du XVe siècle par la famille Chamber's, proche de Charles VII, et transmis depuis 1936 dans la famille Soulard.
Michel Soulard s'inquiète d'un projet de plateforme industrielle à moins de 250 mètres du château
Cet élan patrimonial contraste avec une actualité locale qui inquiète vivement Michel Soulard, propriétaire et président de l'association du château. Dans un message publié sur la page Facebook de l'édifice, l'association a fait part de sa colère face à un projet d'implantation industrielle à proximité immédiate du site.
Selon l'association, la Communauté de communes des Vals de Saintonge s'apprêterait à vendre une parcelle de 3,1 hectares sur la zone d'activités Les Essarts, sur la commune voisine de La Croix-Comtesse, à la société Servant Bois Energie. Le projet consiste en une plateforme de stockage et de séchage de bois, d'une capacité potentielle de 30 000 m³, qui serait implantée à moins de 250 mètres du château et de son domaine.
Le site pressenti jouxte par ailleurs la friche industrielle de l'ancienne usine Villéger, partiellement occupée et présentant, selon l'association, des risques sanitaires. Elle souligne également que le Périmètre de Protection Modifié (PPM) actuellement en vigueur autour du château est anormalement réduit, et qu'il n'inclut ni le site du projet Servant Bois Energie, ni celui de la friche Villéger — deux emprises qui échappent ainsi au régime de protection normalement associé aux abords d'un monument historique.
Pour l'association, cette implantation compromettrait directement trois enjeux majeurs :
- La mise en valeur du monument et de son environnement, en rupture avec l'article L621-31 du Code du patrimoine, qui encadre la protection des abords des monuments historiques ;
- L'investissement public consenti par l'État et la Fondation du Patrimoine dans le cadre du programme de restauration des remparts ;
- La sécurité des biens et des personnes, en raison d'un cumul de risques incendie lié à la proximité d'une plateforme de stockage de bois de grande capacité et d'une friche industrielle déjà fragile.
Ce projet s'ajouterait, selon Michel Soulard, à une liste déjà longue d'installations industrielles qui transforment progressivement le paysage autour du château : les silos de la Coopérative Entente Agricole au nord, les douze éoliennes industrielles des parcs de Villeneuve-la-Comtesse–Coivert et Villeneuve-la-Comtesse–Vergné à l'est et à l'ouest, la friche amiantée de l'ancienne usine Villéger elle-même, ainsi qu'un pylône de téléphonie mobile installé près du château d'eau.
Face à ce qu'elle considère comme une accumulation de nuisances et un risque juridique et sécuritaire pour le site, l'association du château annonce qu'elle se mobilisera aux côtés du collectif VLC Environnement pour mettre en œuvre l'ensemble des moyens légaux à sa disposition afin de s'opposer à cette implantation. Michel Soulard dénonce une forme de contradiction dans l'action des collectivités locales : alors que 650 000 € de financements publics et privés sont mobilisés pour restaurer le château et améliorer le cadre de vie de la commune, la Communauté de communes s'apprêterait dans le même temps à céder un terrain susceptible de compromettre durablement cet investissement et la sécurité du site.
L'association rappelle que Villeneuve-la-Comtesse compte deux monuments historiques sur son territoire et estime que la commune « n'a pas vocation à devenir le fourre-tout des Vals de Saintonge ».
Article Romain CHARRIER - 19 août 2026